Get Swiss or Die Trying reflète mes tentatives de réconciliation avec l’identité nationale suisse. Sans passeport, liens familiaux ni racines en Suisse, je ne me suis jamais pleinement identifié comme Suisse, malgré le fait d’y avoir vécu toute ma vie. Les images et sculptures de ce projet explorent différentes tentatives à travers lesquelles j’essaie de me reconnecter à ma patrie et son identité.
Ces tentatives maladroites, voire ratées, offrent un regard à la fois nouveau et original sur l’identité nationale. Elles rendent comiques et absurdes les traditions, coutumes, figures et monuments que chaque citoyen est censé admirer, nous permettant ainsi de les observer sous un angle inédit. Ces éléments ont été tellement instrumentalisés qu’ils semblent désormais déconnectés de leurs origines. Nos symboles sont devenus les contrefaçons d’eux-mêmes.
Cela soulève une question : ont-ils réellement existé, ou n’étaient-ils que des constructions destinées à unir la population, imposer un modèle et dissimuler des vérités dérangeantes, comme l’or nazi ou le chocolat colonial ? Nos Alpes, si majestueuses, sont sales, et Guillaume Tell est un guignol.
Malgré mes critiques, je reste fasciné par les traditions et les symboles suisses. Plutôt que de chercher une identité qui me semble arriérée, j’ai créé la mienne: un hommage humoristique et décalé, fait de montagnes en carton et de Rolex en cervelas, mêlant hommage et critique, et reflétant la Suisse elle-même: belle mais pas sans défauts.



Le soutien de la Fondation :
Au fil de ce projet, j’ai développé une approche où la critique de l’identité nationale passe par des gestes simples, absurdes et artisanaux: sculpter des symboles helvétiques dans du cervelas, me mettre en scène dans des situations où mon corps devient lui-même emblème mal ajusté, ou détourner les objets du folklore suisse pour révéler leur artificialité. Ce mélange de bricolage, de photographie et de performance me permet d’aborder des questions complexes comme l’appartenance à une nation, la mythologie nationale ou encore la fabrique des symboles nationaux avec une forme de tendresse ironique.
Aujourd’hui, je souhaite développer ce projet et lui donner les moyens de devenir un livre photographique produit par une maison d’édition. Ce livre photographique, composé d’autoportraits, de sculptures en cervelas et d’images collectées en ligne, s’inscrirait comme une recherche visuelle visant à interroger les mécanismes de fabrication des récits nationaux. Il rend ainsi perceptible la tension entre mythe, imaginaire collectif, identité nationale et réalité socio-politique.